Le combat.
04h24min21sec de rude combat. Un marathon ça se mérite. C'est une dure leçon que nous allons endurer durant les 42,195km de ce marathon de Paris, avant la délivrance. On savait que ça allait être dur. Ce qu'on ne savait pas c'est si notre volonté serait suffisamment forte. Mais revenons un peu sur le déroulement de ce weekend qui nous marquera à jamais.
Nous piètinons une bonne heure dans les boutiques avec les girls, se doutant que c'est pas une bonne idée pour le lendemain... Profitant d'un trottoir nous laissons libre cours à la réflexion. Visages tendus, fatigués. Après un de
rnier jus de tomate (le plus cher de l'année, à la Bastille) direction l'Italien de la rue des Abesses pour la Pasta Party traditionnelle. 22h00, il est temps de rentrer à l'hôtel pour préparer les affaires du lendemain, faire le vide et dormir. Un dernier stress pour attacher la puce aux lacets des baskets, une douche et au lit. No sex tonight, faut garder l'influx nerveux, c'est bien connu....
SAMEDI
Départ de Mulhouse le samedi vers 5h00 du mat' direction Bisel où l'on se serre dans la BMW de Tzi'giner direction Paris. Le stress de la semaine est bien retombé, on a hâte d'en découdre à présent. Arrivée au Marathon Expo vers 10h30 où nous déposons les filles sans délai à la première bouche de métro où un
autre marathon les attend, celui des boutiques. Pour nous la première idée qui nous obsède, trouver des toilettes. Le stress ? Ou plutôt les premiers litres d'eau ingurgités durant le trajet. L'hydratation, la clé. On traverse donc le hall d'expo sans prêter la moindre attention aux exposants. Nous retrouvons Yann qui est arrivé par avion ce matin aussi. Direction la file d'attente pour retirer nos packs. On s'observe, on se compare, y a un peu tous les âges, tous les gabarits. Avec néanmoins une constatation. Les filles sont plutôt canons dans l'ensemble ! Hop une petite pause photo devant le hall Expo. Visages tendus. La file d'attente quoique impressionnante défile très vite. L'organisation est rodée. Il nous faut moins de 10 min pour retirer nos packs. La première partie est une expo photo des éditions précédentes. Des visages emplis de joie, des larmes, du monde, beaucoup de monde, demain ce seront nous les acteurs de ce roman photo. La suite du marathon expo est une succession d'exposants aux noms bien connus, nike, puma, new balance, mizuno...et bien sûr Asics le partenaire officiel où nous ne pouvons résister à l'achat d'un t-shirt technique souvenir du marathon. Faut dire que le t-shirt officiel reçu dans notre pack est pas top. Quelques hotesses sympatiques, mais sinon rien de très passionnant que ce marathon expo. On achète de la crême de massage récupératrice, à appliquer déjà la veille pour éliminer les dernières traces de toxines de l'entrainement. Nous faisons la traditionn
elle photo devant le final countdown avant le coup de feu. On a jamais été aussi proche ! Visages tendus, sourires forcés. H-21. Direction le Pavillon Montmartre, charmant petit hôtel au coeur de Montmartre, entre la rue Lepic et la rue des Abesses, quartier chéri d'Amélie Poulain, et accessoirement, de ma femme. Nous prenons une petite heure pour poser nos affaires et décompresser un peu (semaine riche en émotions et lever 4h00 ce matin...), avant de retrouver les filles pour boire un pot fin d'aprèm.
Départ de Mulhouse le samedi vers 5h00 du mat' direction Bisel où l'on se serre dans la BMW de Tzi'giner direction Paris. Le stress de la semaine est bien retombé, on a hâte d'en découdre à présent. Arrivée au Marathon Expo vers 10h30 où nous déposons les filles sans délai à la première bouche de métro où un
autre marathon les attend, celui des boutiques. Pour nous la première idée qui nous obsède, trouver des toilettes. Le stress ? Ou plutôt les premiers litres d'eau ingurgités durant le trajet. L'hydratation, la clé. On traverse donc le hall d'expo sans prêter la moindre attention aux exposants. Nous retrouvons Yann qui est arrivé par avion ce matin aussi. Direction la file d'attente pour retirer nos packs. On s'observe, on se compare, y a un peu tous les âges, tous les gabarits. Avec néanmoins une constatation. Les filles sont plutôt canons dans l'ensemble ! Hop une petite pause photo devant le hall Expo. Visages tendus. La file d'attente quoique impressionnante défile très vite. L'organisation est rodée. Il nous faut moins de 10 min pour retirer nos packs. La première partie est une expo photo des éditions précédentes. Des visages emplis de joie, des larmes, du monde, beaucoup de monde, demain ce seront nous les acteurs de ce roman photo. La suite du marathon expo est une succession d'exposants aux noms bien connus, nike, puma, new balance, mizuno...et bien sûr Asics le partenaire officiel où nous ne pouvons résister à l'achat d'un t-shirt technique souvenir du marathon. Faut dire que le t-shirt officiel reçu dans notre pack est pas top. Quelques hotesses sympatiques, mais sinon rien de très passionnant que ce marathon expo. On achète de la crême de massage récupératrice, à appliquer déjà la veille pour éliminer les dernières traces de toxines de l'entrainement. Nous faisons la traditionn
elle photo devant le final countdown avant le coup de feu. On a jamais été aussi proche ! Visages tendus, sourires forcés. H-21. Direction le Pavillon Montmartre, charmant petit hôtel au coeur de Montmartre, entre la rue Lepic et la rue des Abesses, quartier chéri d'Amélie Poulain, et accessoirement, de ma femme. Nous prenons une petite heure pour poser nos affaires et décompresser un peu (semaine riche en émotions et lever 4h00 ce matin...), avant de retrouver les filles pour boire un pot fin d'aprèm.
Nous piètinons une bonne heure dans les boutiques avec les girls, se doutant que c'est pas une bonne idée pour le lendemain... Profitant d'un trottoir nous laissons libre cours à la réflexion. Visages tendus, fatigués. Après un de
rnier jus de tomate (le plus cher de l'année, à la Bastille) direction l'Italien de la rue des Abesses pour la Pasta Party traditionnelle. 22h00, il est temps de rentrer à l'hôtel pour préparer les affaires du lendemain, faire le vide et dormir. Un dernier stress pour attacher la puce aux lacets des baskets, une douche et au lit. No sex tonight, faut garder l'influx nerveux, c'est bien connu....DIMANCHE
Le réveil sonne à 5h00. Courte nuit mais bonne, pas d'agitation particulière. J'enfile la tenue du marathon, je fixe le dossard et je descends au petit déj. Je suis le premier du groupe. Mais pas
tout seul, en effet on est pas les seuls de l'hôtel à faire le marathon. Un groupe de 4 pompiers de Marseille sont déjà en train de déjeuner et de s'équiper. Les autres me rejoignent pour notre dernière collation. Jambon, pain, miel, kiwi, babibel et thé pour moi. 7h15, on enfile nos sacs poubelles pour lutter contre le froid matinal, direction le métro, où nombre de marath
oniens sont déjà présents. Bonne ambiance. On arrive sur les champs vers 7h45, il fait super froid encore à cette heure-ci et peu de monde encore. En remontant vers la place de l'étoile je rencontre Franck et Pascale, quelques petits mots échangés puis je le laisse se concentrer. On joue pas dans la même cour, il s'est fixé moins de 3h00 aujourd'hui (3h08 l'an passé). Une petite photo devant l'Arc de Triomphe et direction notre Sas 4h00. La présence des nombreux pissoirs nous rassure car il nous faut encore faire passer 1 litre d'eau... Pour ma part le stress a complètement disparu, l'aboutissement est proche et j'essaie de profiter au maximum de toutes ces sensations. Le SAS se remplit peu à peu mais on ne peut pas être mieux placé puisqu'on est contre la barrière du SAS. Stratégiquement c'est important car cela évite de devoir doubler tous les plus "lents" des 4h00. Parait que c'est usant de doubler à Paris. On discute avec nos voisines pour qui c'est le 2nd marathon. La règle à suivre d'après elle, ne pas s'arrêter. C'est noté. Ca y est le SAS est bien plein, le compte à rebours a commencé. Plus que 10 minutes. Visages tendus. La pression remonte, les bouteilles sont vides, vite, trouver
des toilettes. Plus possible d'atteindre les pissoirs de notre SAS sans perdre notre place. Les pissoirs du SAS 3h45 sont vides à 15m devant notre barrière. Yann & Lorent s'y risqueront sans succès puisqu'un vigil leur remontera grave les bretelles... Solution ultime, qui fait partie de la tradition, pisser dans nos bouteilles vides. Grand moment de solitude. Difficile de se concentrer pour libérer la pression. Mince j'aurai dû prendre une bouteille à goulot large :) Finalement tout le monde y parviendra et comparera volume et teinte du délit. C'est bien clair, plus de toxine en vue, cool. Plus que quelques minutes. Lever de soleil sur les champs, c'est magnifique. L'ambiance chauffe, la foule gronde, tout le monde est prêt. Les émotions sont énormes, j'ai la larme à l'oeil. Coup de feu, la tête de course est partie. Pour nous c'est stand by puis marche lente à travers les sacs poubelles, les bouteilles d'urine, les vêtements et les sacs à caca (il parait...). 6 minutes avant de passer l'arche de départ. C'est le delta entre le temps officiel et le temps réel. Mise en route du monitoring (cardio & nike+), un petit salut à Bertrand (Delanoë) et nous commençons enfin à courir. La tête de course est déjà bien loin. Coup d'oeil à mon cardio, il prend pas (pas de codage). Moi qui voulait courir au cardio ça commence bien. Mais bon rien de méchant, avec tout l'entrainement qu'on a, on commence à se connaître. Nous décidons de faire course commune au moins jusqu'au semi. Pas évident de se suivre dans cette cohue. Et peut être fatiguant. Coup d'oeil à gauche, coup d'oeil à droite, tout le monde est là. La descente des champs est magique mais c'est difficile de trouver un rythme. On regarde la couleur des dossards, Yann nous dit qu'on est déjà trop rapide, qu'on rattrape les 3h45. La première partie est piègeante car en descente, il faut donc se retenir car le moindre effort de trop se paiera dans 3h00. Les premiers kms déroulent bien, passage place de la concorde, puis rue de Rivoli. Premier ravito place de la Bastille et première fausse note. L'étranglement en sortie nous fait piétiner et même stagner qq minutes. Patrice nous annonce déjà que son genou est douloureux. Inquiètant pour la suite. Nous repartons enfin et nous nous apercevons que le porte drapeau 4h00 nous a pris 250m. Pas de panique il reste du temps pour remonter mais nous commençons quand même à accélérer et à prendre les trottoirs pour gratter la foule. Nous perdons Patrice peu avant le 10km, juste avant de nous diriger vers le bois de Vincennes. Les filles devraient d'ailleurs se trouver qqpart par là alors nous tenons notre droite pour ne pas les louper. Ravito des 10km, nous nous aggripons littéralement pour ne pas nous perdre. Le marathon de Paris est bien foutu dans la mesure où il propose des bouteilles d'eau au ravito, qui te permettent de boire doucement en conservant la bouteille à la main, contrairement au gobelet où tu t'en fous partout. Nous passons au 10 en 57', soit 2 minutes de retard. Nous cherchons les filles du regard mais sans succès. C'est parti pour la boucle dans le bois de Vincennes. Il y a plus d'espace et l'air est un peu plus frais, ça fait du bien. Nous passons juste à côté du château de Vincennes (que Lorent a réussi à louper, on ne sait comment...). La seconde partie du bois est en descente et nous allongeons le pas, on se sent bien. C'est un bon moment, les jambes déroulent facile, et on accélère assez sensiblement jus
qu'à rattraper puis doubler le porte drapeau 4h00. On est proche du semi, et tout va bien, pas de douleurs aux genoux, ni à la fesse, j'suis soulagé. A peine une petite sensation d'échauffement sous la plante des pieds, rien d'inquiètant. Nous approchons du second point de rencontre avec les filles, nous serrons donc à droite. Passage du
semi en 1h59, soit plus qu'une petite minute de retard sur le temps de passage théorique. Nous trouvons les filles sur le retour à la Bastille au km24. Céline, Audrey, Pierre, et Olivia qui immortalise la scène. On a la patate, les filles sont rassurées. Lorent aura même le temps de faire un petit bisou rapide. Grand moment d'émotion. On devrait retrouver les filles une dernière fois au km38. Passage au ravito du km25 en 2h21 contre les 2h20 escompté. Le timing est bon. Ravito important car on va attaquer les quais et la course n'a pas encore vraiment commencé. On se force à boire au moins une bouteille à chaque ravito (50cl) et à manger qq fruits secs et orange. L'hydratation, la clé anti-crampes. Les quais sont un passage réputé difficile alors on est méfiant. Notre-Dame à gauche, puis le musée d'Orsay. Petite alerte pour moi, j'ai senti une petite contraction de la cuisse gauche, les muscles sont déjà bien entamés. J'essaie de me détendre et de relâcher les foulées, ça passe. Ca y est, le niveau s'est relevé d'un cran, les premiers signes de fatigue apparaissent. On ne parle plus beaucoup, on ne prête plus trop attention à ce qu'il se passe autour. Phase de concentration. On atteint le km30. Dernière petite boutade avec Lorent. On s'était dit qu'on ferait les 30 premiers km ensemble, c'est fait. Je lui dis que s'il veut allonger à présent il peut y aller... En fait il en chie déjà bien, tout comme moi, l'accélération à présent est impensable, mais il faut tenir le rythme. Passage au 30 en 2h50, timing parfait. Pourvu que ça dure. Je jette un oeil à gauche, la tour eiffel est proche. Lorent nous avouera qu'il ne la pas vue... malgré les 2km passés à ses côtés. Yann essaie de me parler, de partager sa souffrance, je lui dis texto "me parle pas Yann stp, j'suis concentré, j'en chie trop". Les quais sont étroits, c'est usant, le rythme est saccadé. Je fixe la blue line, je tente de faire le vide. Passage sous un tunnel, la foule hurle, la hola se forme, j'hurle à mon tour en levant les bras, ça me rebooste, grand moment d'émotion bis. Je suis côte à côte avec le porteur du drapeau. Je tiens bon jusqu'au km32 où à partir de là je cherche du regard chaque borne kilométrique. Les distances s'allongent. La course vient enfin de commencer. C'est maintenant qu'on va voir ce qu'on vaut. Le mur, le fameux mur du marathonien, une spécificité exclusive de cette discipline, présent dans aucun autre sport d'endurance. Je ferai d'ailleurs un post à l'occasion pour expliquer ce phénomène. J'ai envie de m'arrêter à chaque foulée. Plus envie, fatigué, pas le moral, plus de jus. C'est dur. Il me faut penser positif, me remémorer la préparation, chercher pourquoi on est là, pourquoi on va continuer. J'essaie de faire un bilan de mon état. J'ai pas de douleurs insupportables, juste une fatigue généralisée. Je prends un coup de fouet. On va voir si son nom est justifié. Je tente de trouver de la force dans le public, d'observer les gens pour penser à autre chose qu'à ma détresse, mais même ça c'est trop dur. Je regarde si Yann et Lorent sont toujours à mes côtés, c'est bon. 33, 34 puis le ravito du 35. J'ai peur de m'arrêter et de ne pas pouvoir repartir, j'attrape une bouteille au passage, sans trop ralentir, puis je fais un petit crochet pour attraper qq fruits, je perds à ce moment Yann & Lorent. Ils ne sont pas loin devant moi, mais je n'ai pas la force de les rattraper. De toute façon il faut être seul à cet instant, face à soi-même. km 35 en 3h20 au lieu des 3h18 théoriques. J'suis encore dedans. Allez, 40 petites minutes, 7km, à peine le petit tour d'entrainement de Bartenheim, accroche-toi ! Je prend encore un coup de fouet et un anti-oxydant. 2km encore au mental, je tiens bon, j'ai passé le mur, ouf. On est à présent dans le bois de Boulogne, les filles ne sont plus très loin, faut tenir bon jusque là. Beaucoup de gens marchent à présent. Certains s'étirent. km37, je m'effondre à mon tour, crevaison des 2 cuisses. Cela faisait qq temps que les crampes approchaient. Je décide, enfin si on peut parler d'une décision, de marcher un peu. Je n'y arrive pas, c'est encore pire. J'ai un peu la démarche d'un faon tout juste sorti du ventre de sa mère. Belle image. J'essaie de m'étirer sans succès. Je repars en trottinant, 500m plus loin rebelotte, crampes aux cuisses. Je demande au poste de secours s'ils n'ont pas une bombe de froid ou un truc du genre mais non, courage qu'ils me disent... Alternance de marche et trot, j'essaie de marcher le moins possible car les filles ne doivent pas être loin, je ne veux pas qu'elles me voient ainsi. Mais je sais aussi que dès que je vais croiser le regard de Céline je m'effondrerai. Je perds du temps, je regarde ma montre, l'objectif 4h00 est hors de portée. Je m'en veux. Je n'aurai pas dû m'arrêter. D'ailleurs je me refroidi, les jambes deviennent très raides, c'est de plus en plus dur de repartir. Le public est super, tente de me faire repartir. Un petit groupe scande mon nom "allez Arnaud, t'y es presque, tu peux y arriver, relance !!" et je repars pour finir les 2 derniers km à une foulée ridicule mais en foulée néanmoins. Je ne me rappelle plus du ravito du 40, en fait cette partie est très floue dans mon esprit, peu de souvenirs. J'ai l'impression d'être seul, mon champ de vision est très restreint. Les filles n'ont pas eu le temps de venir ici, mais c'est pas plus mal je crois finalement. Le bonheur est proche, j'aperçois l'arche. Je ne sais pas si je suis content ou pas, en fait je ne sais plus grand chose. C'est surréaliste, je souri (grimace) quand même aux photographes. Je regarde l'immense chrono au-dessus de l'arche,
3h55 affiché. J'y crois quelques secondes, absurdité, témoin de l'état pitoyable de ma conscience. Je passe la ligne en 4h24 en fait. C'est fait, ça y est, je peux relâcher la pression. Je suis marathonien. J'allume mon portable, Céline m'appelle juste à ce moment. Je ne peux pas parler, je lui dis juste que je suis arrivé. Je m'effondre en larmes. On me l'avait dit pourtant, je ne voulais pas y croire. J'ai mal, c'est dur, je peux à peine mar
cher. On me donne la médaille, une couverture de survie. Je commence à réaliser. On ne m'y prendra plus. C'est la dernière fois. Une dernière petite larme quand je retrouve Céline. Yann est déjà là, 4h06 pour lui, bluffant. Lorent fini en 4h16 et Pat en 4h32. On est tous marathoniens, il est temps de savourer la victoire. On pose pour la photo souvenir, visages fatigués, mais détendus, enfin. Avant tout une victoire sur soi. Un rude c
ombat. Tu veux courir, alors cours un kilomètre, tu veux changer t
a vie, cours un marathon. Est-ce que j'ai changé ? Peut être. Mais aujourd'hui c'est sûr, j'en ai appris un peu plus sur moi. Et je fais parti du cercle restreint des marathoniens, et ça c'est trop bon !!!!!
tout seul, en effet on est pas les seuls de l'hôtel à faire le marathon. Un groupe de 4 pompiers de Marseille sont déjà en train de déjeuner et de s'équiper. Les autres me rejoignent pour notre dernière collation. Jambon, pain, miel, kiwi, babibel et thé pour moi. 7h15, on enfile nos sacs poubelles pour lutter contre le froid matinal, direction le métro, où nombre de marath
oniens sont déjà présents. Bonne ambiance. On arrive sur les champs vers 7h45, il fait super froid encore à cette heure-ci et peu de monde encore. En remontant vers la place de l'étoile je rencontre Franck et Pascale, quelques petits mots échangés puis je le laisse se concentrer. On joue pas dans la même cour, il s'est fixé moins de 3h00 aujourd'hui (3h08 l'an passé). Une petite photo devant l'Arc de Triomphe et direction notre Sas 4h00. La présence des nombreux pissoirs nous rassure car il nous faut encore faire passer 1 litre d'eau... Pour ma part le stress a complètement disparu, l'aboutissement est proche et j'essaie de profiter au maximum de toutes ces sensations. Le SAS se remplit peu à peu mais on ne peut pas être mieux placé puisqu'on est contre la barrière du SAS. Stratégiquement c'est important car cela évite de devoir doubler tous les plus "lents" des 4h00. Parait que c'est usant de doubler à Paris. On discute avec nos voisines pour qui c'est le 2nd marathon. La règle à suivre d'après elle, ne pas s'arrêter. C'est noté. Ca y est le SAS est bien plein, le compte à rebours a commencé. Plus que 10 minutes. Visages tendus. La pression remonte, les bouteilles sont vides, vite, trouver
des toilettes. Plus possible d'atteindre les pissoirs de notre SAS sans perdre notre place. Les pissoirs du SAS 3h45 sont vides à 15m devant notre barrière. Yann & Lorent s'y risqueront sans succès puisqu'un vigil leur remontera grave les bretelles... Solution ultime, qui fait partie de la tradition, pisser dans nos bouteilles vides. Grand moment de solitude. Difficile de se concentrer pour libérer la pression. Mince j'aurai dû prendre une bouteille à goulot large :) Finalement tout le monde y parviendra et comparera volume et teinte du délit. C'est bien clair, plus de toxine en vue, cool. Plus que quelques minutes. Lever de soleil sur les champs, c'est magnifique. L'ambiance chauffe, la foule gronde, tout le monde est prêt. Les émotions sont énormes, j'ai la larme à l'oeil. Coup de feu, la tête de course est partie. Pour nous c'est stand by puis marche lente à travers les sacs poubelles, les bouteilles d'urine, les vêtements et les sacs à caca (il parait...). 6 minutes avant de passer l'arche de départ. C'est le delta entre le temps officiel et le temps réel. Mise en route du monitoring (cardio & nike+), un petit salut à Bertrand (Delanoë) et nous commençons enfin à courir. La tête de course est déjà bien loin. Coup d'oeil à mon cardio, il prend pas (pas de codage). Moi qui voulait courir au cardio ça commence bien. Mais bon rien de méchant, avec tout l'entrainement qu'on a, on commence à se connaître. Nous décidons de faire course commune au moins jusqu'au semi. Pas évident de se suivre dans cette cohue. Et peut être fatiguant. Coup d'oeil à gauche, coup d'oeil à droite, tout le monde est là. La descente des champs est magique mais c'est difficile de trouver un rythme. On regarde la couleur des dossards, Yann nous dit qu'on est déjà trop rapide, qu'on rattrape les 3h45. La première partie est piègeante car en descente, il faut donc se retenir car le moindre effort de trop se paiera dans 3h00. Les premiers kms déroulent bien, passage place de la concorde, puis rue de Rivoli. Premier ravito place de la Bastille et première fausse note. L'étranglement en sortie nous fait piétiner et même stagner qq minutes. Patrice nous annonce déjà que son genou est douloureux. Inquiètant pour la suite. Nous repartons enfin et nous nous apercevons que le porte drapeau 4h00 nous a pris 250m. Pas de panique il reste du temps pour remonter mais nous commençons quand même à accélérer et à prendre les trottoirs pour gratter la foule. Nous perdons Patrice peu avant le 10km, juste avant de nous diriger vers le bois de Vincennes. Les filles devraient d'ailleurs se trouver qqpart par là alors nous tenons notre droite pour ne pas les louper. Ravito des 10km, nous nous aggripons littéralement pour ne pas nous perdre. Le marathon de Paris est bien foutu dans la mesure où il propose des bouteilles d'eau au ravito, qui te permettent de boire doucement en conservant la bouteille à la main, contrairement au gobelet où tu t'en fous partout. Nous passons au 10 en 57', soit 2 minutes de retard. Nous cherchons les filles du regard mais sans succès. C'est parti pour la boucle dans le bois de Vincennes. Il y a plus d'espace et l'air est un peu plus frais, ça fait du bien. Nous passons juste à côté du château de Vincennes (que Lorent a réussi à louper, on ne sait comment...). La seconde partie du bois est en descente et nous allongeons le pas, on se sent bien. C'est un bon moment, les jambes déroulent facile, et on accélère assez sensiblement jus
qu'à rattraper puis doubler le porte drapeau 4h00. On est proche du semi, et tout va bien, pas de douleurs aux genoux, ni à la fesse, j'suis soulagé. A peine une petite sensation d'échauffement sous la plante des pieds, rien d'inquiètant. Nous approchons du second point de rencontre avec les filles, nous serrons donc à droite. Passage du
semi en 1h59, soit plus qu'une petite minute de retard sur le temps de passage théorique. Nous trouvons les filles sur le retour à la Bastille au km24. Céline, Audrey, Pierre, et Olivia qui immortalise la scène. On a la patate, les filles sont rassurées. Lorent aura même le temps de faire un petit bisou rapide. Grand moment d'émotion. On devrait retrouver les filles une dernière fois au km38. Passage au ravito du km25 en 2h21 contre les 2h20 escompté. Le timing est bon. Ravito important car on va attaquer les quais et la course n'a pas encore vraiment commencé. On se force à boire au moins une bouteille à chaque ravito (50cl) et à manger qq fruits secs et orange. L'hydratation, la clé anti-crampes. Les quais sont un passage réputé difficile alors on est méfiant. Notre-Dame à gauche, puis le musée d'Orsay. Petite alerte pour moi, j'ai senti une petite contraction de la cuisse gauche, les muscles sont déjà bien entamés. J'essaie de me détendre et de relâcher les foulées, ça passe. Ca y est, le niveau s'est relevé d'un cran, les premiers signes de fatigue apparaissent. On ne parle plus beaucoup, on ne prête plus trop attention à ce qu'il se passe autour. Phase de concentration. On atteint le km30. Dernière petite boutade avec Lorent. On s'était dit qu'on ferait les 30 premiers km ensemble, c'est fait. Je lui dis que s'il veut allonger à présent il peut y aller... En fait il en chie déjà bien, tout comme moi, l'accélération à présent est impensable, mais il faut tenir le rythme. Passage au 30 en 2h50, timing parfait. Pourvu que ça dure. Je jette un oeil à gauche, la tour eiffel est proche. Lorent nous avouera qu'il ne la pas vue... malgré les 2km passés à ses côtés. Yann essaie de me parler, de partager sa souffrance, je lui dis texto "me parle pas Yann stp, j'suis concentré, j'en chie trop". Les quais sont étroits, c'est usant, le rythme est saccadé. Je fixe la blue line, je tente de faire le vide. Passage sous un tunnel, la foule hurle, la hola se forme, j'hurle à mon tour en levant les bras, ça me rebooste, grand moment d'émotion bis. Je suis côte à côte avec le porteur du drapeau. Je tiens bon jusqu'au km32 où à partir de là je cherche du regard chaque borne kilométrique. Les distances s'allongent. La course vient enfin de commencer. C'est maintenant qu'on va voir ce qu'on vaut. Le mur, le fameux mur du marathonien, une spécificité exclusive de cette discipline, présent dans aucun autre sport d'endurance. Je ferai d'ailleurs un post à l'occasion pour expliquer ce phénomène. J'ai envie de m'arrêter à chaque foulée. Plus envie, fatigué, pas le moral, plus de jus. C'est dur. Il me faut penser positif, me remémorer la préparation, chercher pourquoi on est là, pourquoi on va continuer. J'essaie de faire un bilan de mon état. J'ai pas de douleurs insupportables, juste une fatigue généralisée. Je prends un coup de fouet. On va voir si son nom est justifié. Je tente de trouver de la force dans le public, d'observer les gens pour penser à autre chose qu'à ma détresse, mais même ça c'est trop dur. Je regarde si Yann et Lorent sont toujours à mes côtés, c'est bon. 33, 34 puis le ravito du 35. J'ai peur de m'arrêter et de ne pas pouvoir repartir, j'attrape une bouteille au passage, sans trop ralentir, puis je fais un petit crochet pour attraper qq fruits, je perds à ce moment Yann & Lorent. Ils ne sont pas loin devant moi, mais je n'ai pas la force de les rattraper. De toute façon il faut être seul à cet instant, face à soi-même. km 35 en 3h20 au lieu des 3h18 théoriques. J'suis encore dedans. Allez, 40 petites minutes, 7km, à peine le petit tour d'entrainement de Bartenheim, accroche-toi ! Je prend encore un coup de fouet et un anti-oxydant. 2km encore au mental, je tiens bon, j'ai passé le mur, ouf. On est à présent dans le bois de Boulogne, les filles ne sont plus très loin, faut tenir bon jusque là. Beaucoup de gens marchent à présent. Certains s'étirent. km37, je m'effondre à mon tour, crevaison des 2 cuisses. Cela faisait qq temps que les crampes approchaient. Je décide, enfin si on peut parler d'une décision, de marcher un peu. Je n'y arrive pas, c'est encore pire. J'ai un peu la démarche d'un faon tout juste sorti du ventre de sa mère. Belle image. J'essaie de m'étirer sans succès. Je repars en trottinant, 500m plus loin rebelotte, crampes aux cuisses. Je demande au poste de secours s'ils n'ont pas une bombe de froid ou un truc du genre mais non, courage qu'ils me disent... Alternance de marche et trot, j'essaie de marcher le moins possible car les filles ne doivent pas être loin, je ne veux pas qu'elles me voient ainsi. Mais je sais aussi que dès que je vais croiser le regard de Céline je m'effondrerai. Je perds du temps, je regarde ma montre, l'objectif 4h00 est hors de portée. Je m'en veux. Je n'aurai pas dû m'arrêter. D'ailleurs je me refroidi, les jambes deviennent très raides, c'est de plus en plus dur de repartir. Le public est super, tente de me faire repartir. Un petit groupe scande mon nom "allez Arnaud, t'y es presque, tu peux y arriver, relance !!" et je repars pour finir les 2 derniers km à une foulée ridicule mais en foulée néanmoins. Je ne me rappelle plus du ravito du 40, en fait cette partie est très floue dans mon esprit, peu de souvenirs. J'ai l'impression d'être seul, mon champ de vision est très restreint. Les filles n'ont pas eu le temps de venir ici, mais c'est pas plus mal je crois finalement. Le bonheur est proche, j'aperçois l'arche. Je ne sais pas si je suis content ou pas, en fait je ne sais plus grand chose. C'est surréaliste, je souri (grimace) quand même aux photographes. Je regarde l'immense chrono au-dessus de l'arche,
3h55 affiché. J'y crois quelques secondes, absurdité, témoin de l'état pitoyable de ma conscience. Je passe la ligne en 4h24 en fait. C'est fait, ça y est, je peux relâcher la pression. Je suis marathonien. J'allume mon portable, Céline m'appelle juste à ce moment. Je ne peux pas parler, je lui dis juste que je suis arrivé. Je m'effondre en larmes. On me l'avait dit pourtant, je ne voulais pas y croire. J'ai mal, c'est dur, je peux à peine mar
cher. On me donne la médaille, une couverture de survie. Je commence à réaliser. On ne m'y prendra plus. C'est la dernière fois. Une dernière petite larme quand je retrouve Céline. Yann est déjà là, 4h06 pour lui, bluffant. Lorent fini en 4h16 et Pat en 4h32. On est tous marathoniens, il est temps de savourer la victoire. On pose pour la photo souvenir, visages fatigués, mais détendus, enfin. Avant tout une victoire sur soi. Un rude c
ombat. Tu veux courir, alors cours un kilomètre, tu veux changer t
a vie, cours un marathon. Est-ce que j'ai changé ? Peut être. Mais aujourd'hui c'est sûr, j'en ai appris un peu plus sur moi. Et je fais parti du cercle restreint des marathoniens, et ça c'est trop bon !!!!!Epilogue:
- un grand bravo à Patrice qui détient le record d'hydratation sur un marathon, 8 litres. Mais pas de crampes...
- mention spéciale "look post-marathon exhib" pour moi, j'en ai effrayé plus d'un dans le métro
- l'alcool c'est comme le vélo, ça s'oublie pas
- Montmartre c'est pas le meilleur endroit pour se balader après 42,195km
- c'est quoi le prochain défi ?








21 mai 2009 à 18:06
Bien résumé tout ça! heureuse de vivre et partager ces moments avec toi, que j'admire! Je t'aime, continue...(je m'inquiète pas pour ça!)